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Cacus

Cacus (personnage de la mythologie romaine), géant monstrueux, demi-homme et demi-satyre, fils de Vulcain, vomissait des tourbillons de flammes et de fumée. Il habitait un antre du mont Aventin, près de l'endroit où plus tard fut bâtie Rome. Sa légende est mêlée à  celle d'Hercule dans les traditions de l'Italie ancienne. C'est dans la littérature romaine du temps d'Auguste, chez Virgile (dans un des plus beaux morceaux du VIIIe livre de l'Enéide, 185), Tite-Live (1, 7), Properce (IV, 9, 4) et Ovide (Fastes, I, 543), que les aventures dont il est le héros sont racontées avec une abondance de développements qui s'explique à la fois par leur caractère poétique et par leur intérêt archéologique. Voici le sommaire de celle histoire : 
Hercule revient de l'Hespérie d'où il ramène les bœufs conquis sur Géryon; en traversant le pays des Aborigènes il s'arrête sur les bords du Tibre, dans le voisinage du Palatin, où habite alors Evandre, un Arcadien venu en Italie soixante ans après la guerre de Troie. Tandis qu'Evandre reçoit le héros de son mieux, un brigand du nom de Cacus, installé dans une caverne du mont Aventin, profite de son sommeil pour détourner un certain nombre de ses boeufs. Il les traîne dans l'antre à reculons, afin d'abuser Hercule par le sens des traces; au réveil, le héros les cherche en vain. Il allait se remettre en route, lorsque les mugissements des bœufs dénoncèrent leur retraite. Une lutte s'engage entre lui et Cacus, la caverne est prise d'assaut; Hercule l'ouvre au jour, en retire les bœufs et tue le brigand monstrueux, qui avait en vain vomi de la fumée et des flammes. En souvenir de sa victoire, Hercule élève un autel à Jupiter Inventor; lui-même devient de la part des indigènes l'objet d'un culte à l'Ara Maxima, près du forum aux boeufs, à l'Ouest du Palatin. Ce culte resta longtemps entre les mains de deux familles patriciennes, les Potitii et les Pinarii.
Sous sa forme littéraire, particulièrement attachante chez Virgile, cette fable paraît n'être que la transformation d'un des mythes les plus anciens qui se soient perpétués dans le souvenir des sociétés indo-européennes. Les recherches de la mythologie comparée semblent avoir établi que la lutte d'Hercule et de Cacus, sur l'emplacement de Rome primitive, est la reproduction du combat d'Indra et de Vala pour la possession des vaches célestes, c.-à-d. des nuages, dans la poésie védique, et que ce mythe se retrouve dans les traditions helléniques sur Hermès dérobant les boeufs d'Apollon. Bréal, dans une monographie célèbre, a donné à cette identité toutes les apparences d'une vérité incontestable; il a montré que, par un curieux phénomène, des détails très précis de la mythologie hindoue se sont conservés jusque dans la poésie de Virgile. En réalité, Cacus parait être une des figures les plus anciennes des fables italiques, une personnification soit des phénomènes célestes, soit des forces volcaniques et souterraines. Il avait une soeur du nom de Caca qui, à Rome, était à l'origine, l'objet d'un culte semblable à celui de Vesta; tous deux semblent avoir formé un couple divin comme Janus et Jana, etc. 

L'escalier qui de l'arête ouest du Palatin descend dans la vallée du Grand Cirque, s'appelait l'échelle de Cacus, et sur le Grand Forum, s'était conservé le souvenir d'un atrium de Cacus. Dans la chronique de Cumes, Cacus est roi de la plus ancienne ville bâtie sur le Palatin; ailleurs il tient la place d'Evandre ou de Latinus, les premiers rois du pays, tandis que Latinus lui-même est présenté comme ayant dérobé les bœufs d'Hercule. Si l'on remarque que la première syllabe du mot est longue et non brève, on voit tout de suite combien est fausse l'étymologie Cacus = kakos, c.-à-d. le Mauvais (avec a bref), étymologie qui a conduit à faire du héros un brigand et à l'opposer à Evandre qui signifie le Bon. Cacus est probablement pour Cacius, équivalant à Caecius ou Caeculus, dont il faut chercher le radical dans kaiein, briller, Cœculus étant d'ailleurs, lui aussi, un fils de Vulcain. Caeculus fait également penser à Caecus (obscur, sombre, aveugle) comme le Typhon des Grecs fait penser à typhlos, qui a le même sens. La légende grecque connaissait un certain vent du nom de Caecias qui avait, disait-on, la propriété d'attirer les nuages; voilà comment cette interprétation nous mène sans trop d'effort au mythe védique d'Indra, reprenant à Vala les vaches célestes.

D'autre part, l'Hercule de la fable, telle que la raconte la poésie du siècle d'Auguste, n'est pas une figure italique. C'est l'Héraclès des Grecs importé de toute pièce, de même qu'Evandre, et introduit, ou par les annalistes, ou par les poètes hellénisants, dans une légende indigène où il a pris la place d'un autre personnage. L'adversaire de Cacus parait avoir été à l'origine le Semo Sancus, dieu national des Sabins, identique luimême à Jupiter. Evandre s'est enchevêtré dans la fable d'Hercule et de Cacus, parce qu'on l'a employé à expliquer l'introduction du culte de l'Héraclès grec dans l'Italie centrale. Toutefois, I'évhémérisme (Evhémère) qui a altéré si profondément les antiques traditions au lendemain, de la seconde guerre punique, n'a pas réussi à effacer entièrement, du moins chez les poètes, le sens de cette fable. Il faut des historiens comme Denys d'Halicarnasse (1, 39 et suiv.) pour la noyer dans un grossier pragmatisme. Selon lui Hercule est un roi grec qui parcourt la terre en conquérant, Evandre un roi italien qui se fait son allié, Cacus un roi hostile; quant à Caca, s'éprenant du héros errant, elle trahit pour lui son frère. Nous avons ainsi dans cette fable un spécimen complet des transformations par lesquelles, sous l'influence de causes diverses, peuvent nous être parvenues certaines légendes d'une très grande ancienneté. (J. A. Hild).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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