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mot Baphomet, d'origine orientale, et déformation du nom
de Mahomet, désignait au Moyen âge Dans l'enquête
ordonnée contre l'ordre du Temple, deux des six témoins entendus
à Carcassonne « Les rapports variaient, dit Michelet (Histoire de France, t. III, p. 143); selon les uns; c'était une tête barbue; d'autres disaient une tête à trois faces. Elle avait, disait-on encore, des yeux étincelants. Selon quelques-uns, c'était un crâne d'homme. D'autres y substituaient un chat. »Au chapitre de Paris, on saisit une tête bizarre avec une grande barbe d'argent, qui portait le numéro LXIII; les Templiers affirmèrent, non sans raison, ce semble, que cette idole prétendue n'était qu'un reliquaire contenant la tête de l'une des onze mille vierges. Cette tête est, d'ailleurs, la seule qu'on ait produite au cours du procès. En revanche, les érudits modernes ont essayé de retrouver les figures baphométiques parmi les monuments que nous a légués le Moyen âge Ceux qui, comme le
baron de Hammer-Purgstall, ont essayé de rattacher l'idolâtrie
des Templiers au gnosticisme, ont vu dans
le mot Baphomet un dérivé des deux mots grecs
(Baphê Mètis ou Mètou, « baptême
de la Metè » : la Metè était une déesse
adorée par les Gnostiques, qui réunissait les deux sexes
et était douée de la puissance génératrice.
Michelet
incline à croire que le Baphomet des Templiers n'est que l'image
de l'Esprit saint tel que l'adoraient les sectes gnostiques de l'Orient,
« le Dieu qui baptise l'Esprit », celui dont il est écrit
: Ipse vos baptisavit in spiritu sancto et igne (Matthieu
Couvercle d'un coffret de pierre attribué aux Templiers. (Collection du duc de Blacas). Redslob, dans la Zeitschrift für histor. Théologie émet une théorie singulière et rattache le mot Baphomet aux écritures mystérieuses dont les cabalistes et les gnostiques faisaient si fréquemment usage, comme les francs-maçons de nos jours, et qu'on ne peut comprendre qu'à la condition d'en avoir la clef toute conventionnelle. Il suppose la forme Baphomety; puis faisant abstraction des voyelles et changeant l'ordre des lettres, il arrive à mpth by qu'il rattache aux mots hébreuxmaptah b(eth) Yahvé, « clef de la maison de Yahvé (Jéhovah) » ; c'était, comme on le voit, chercher bien loin l'explication d'un mot tout simple. Quant aux monuments dans lesquels on a voulu voir des figures baphométiques, ils sont fort nombreux. Le mémoire du baron de Hammer imprimé dans le t. VI des Mines de l'Orient en contient le recueil le plus important. On y remarque surtout vingt-quatre figures androgynes, d'un caractère voisin de l'obscénité; elles sont coiffées d'un bonnet entouré de serpents; elles tiennent des chaînes, des croix ; elles sont accompagnées de divers symboles : le soleil, la lune, la peau de lion, la chandelier à sept branches, un crâne, des serpents. Sur plusieurs de ces monuments sont gravées des inscriptions gnostiques et arabes. Les plus célèbres des objets dits baphométiques sont les deux coffrets de l'ancienne collection du duc de Blacas, aujourd'hui dispersée. Voici quel aurait été, suivant les commentateurs modernes, l'usage de ces coffrets. Au nombre des pratiques mystérieuses reprochées aux Templiers, il paraît, d'après les pièces du procès, que chaque chevalier se ceignait, soit à nu, soit par-dessus sa chemise, d'une cordelette de fil blanc, à laquelle on avait préalablement fait toucher l'idole baphométique. Ces cordelettes étaient soumises à ce contact par les initiateurs qui gardaient les idoles dans des coffrets spéciaux et diapoliques. Gaucerand de Montpezat dépose qu'il lui fut baillé une ceinture que son initiateur tira de la caisse où était la figure de Baphomet. Les deux coffrets
de la collection Blacas ont été trouvés, l'un à
Volterra en Toscane
Baphomet représenté (à gauche) sur un coffret du duc de Blacas. Les scènes figurées sur les grands côtés du coffret sont d'une grande obscénité. Sur l'un des petits côtés, une sorte de guerrier attire à lui deux petits enfants dont l'un est monté sur un crocodile. On y voit aussi un génie ailé qui tient une couronne et une épine dorsale et un quatrième personnage qui saisit une hache et un gouvernail. Sur le côté opposé, quatre personnages s'apprêtent à sacrifier un taureau sur un autel allumé. Des scènes du même genre, qui paraissent moins obscènes cependant, figurent sur le coffret de Volterra on nous remarquons particulièrement un bûcher sur lequel brûle un cadavre. Gaidoz a publié
en 1884 (Revue archéologie, 1884, p. 365) une statuette
en bronze trouvée à Broc (Maine-et-Loire),
que l'auteur incline à regarder comme un monument baphométique.
C'est un homme barbu, accroupi, les jambes croisées, coiffé
d'un bonnet pointu et tenant dans chaque main une espèce de massue
ou peut-être des cordelettes, qui seraient une allu sion à
l'usage signalé plus haut.
Objet baphométique du Cabinet des médailles. Nous donnons ci-dessus
un objet dit baphomé!ique, conservé au cabinet des médailles
de la Biblothèque nationale. C'est un moule d'orfèvre, en
serpentine, sur lequel sont représentés en creux deux personnages,
un homme et une femme debout, à côté l'un de l'autre,
vêtus d'un costume singulier. L'homme a un casque pointu muni de
petites cornes. Les deux personnages ont les mains ramenées sur
la poitrine, dans un geste immodeste et évidemment symbolique. Cet
objet pourrait bien n'être qu'une pierre gnostique
à rapprocher des pierres talismaniques qu'on désigne généralement
sous le nom d'abraxas. Cependant on a découvert
en Anatolie Que cette attribution
archéologique soit ou non justifiée, il nous paraît
fort douteux que les artefacts bizarres auxquels on a donné le nom
de Baphomets remontent aux Templiers
et soient des produits de leur industrie. On doit plutôt, selon nous,
les regarder comme des objets exécutés par les sectes secrètes,
assez nombreuses au Moyen âge Un des auteurs qui se sont occupés des doctrines secrètes des Templiers, Jules Loiseleur, conclut comme il suit au sujet de Baphomet : « Dans la langue du Moyen âge, Baphomet, Maphomet, Mahom, Mahomet sont autant de synonymes, et ces mots n'expriment pas seulement le nom du fondateur de l'islamisme [= Islam]; ils désignent aussi, par extension, un faux dieu, un démon, une idole quelconque [...]. De là, baffumerie, mahomerie, mômerie, pour désigner tous les cultes superstitieux et impurs et les lieux où ces cultes étaient pratiqués. »
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