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Arhat

Arhat. - Mot sanscrit, appartenant à la terminologie bouddhique et un des glus importants. Forme pâlie : arahat. Formes birmanes et siamoises : Arahang, Rahang, Rahat. Le sens exact du mot est : « digne, méritant » mais les bouddhistes en donnent une interprétation, fondée sur une fausse étymologie; ils font de ce mot simple un prétendu composé Arihat, signifiant : « vainqueur de l'ennemi ». L'expression « vainqueur de l'ennemi » existe sous la forme Djetâri et est tout à fait distincte de Arhat. Bien que fausse et mal fondée philologiquement parlant, l'interprétation des bouddhistes est très juste au fond. L'Arhat est bien celui qui a remporté la victoire finale, le triomphe définitif; celui qui est pour toujours affranchi de la transmigration, qui a conquis la Bodhi et le Nirvâna. Aussi le mot Arhat dut-il être, à l'origine, appliqué au Bouddha lui-même, soit que le mot Bouddha ait été créé ultérieurement, soit (ce qui est le plus probable) que les deux noms aient été employés simultanément. La trace de cette acception. spéciale s'est conservée dans l'invocation placée en tête de tous les livres palis : « Hommage au Bhagavat, Arhat, parfait et accompli Bouddha », qui fait bien voir la synonymie et l'équi valence de ces trois termes : Bhagavat, Arhat, Bouddha. Le Bouddha est quelquefois appelé Grand Arhat, Arhat par excellence. Mais cette acception du mot Arhat s'est modifiée. Actuellement, dans le bouddhisme tel que nous le connaissons par le canon existant, le mot Arhat désigne précisément ceux qui ne sont pas des bouddhas, bien qu'ils aient acquis, tout comme les bouddhas, la Bodhi et le Nirvâna. Leur Bodhi est appelée Bodhi des Srâvakas (auditeurs); quant à leur Nirvâna, il n'est pas qualifié d'une manière spéciale. L'Arhat est donc celui qui a atteint le plus haut degré de la perfection bouddhique. Ces degrés, an nombre de quatre, sont, en commençant par le plus bas, ceux de : 
1° Srota-âpanna; 

2° Sakridâgâmi; 

3° An gâmî; 

4° Arhat. 

Le Srota-âpanna n'a plus qu'à fournir sept existences terrestres; il est assujetti à naître et à mourir encore sept fois; sa septième mort sera son entrée dans le Nirvâna. Le Sakridâgâmi n'a plus à fournir qu'une seule existence terrestre; il doit naître et mourir encore une fois et entrera alors dans le Nirvâna. L'Anâgâmî n'a plus aucune existence terrestre à fournir; il ne renaîtra pas sur la terre. Sa destinée s'achèvera dans la ciel; il y trouvera le Nirvâna, la délivrance suprême. 

Quant à l'Arhat, il est arrivé à sa dernière existence; il est affranchi pour toujours de la transmigration. Il possède virtuellement le Nirvâna et y entrera effectivement au moment de sa mort. 

La dignité d'Arhat s'acquiert d'une façon assez expéditive; il faut, il est vrai, appartenir à la confrérie pour en être investi. Mais on voit souvent de simples laïques, et non pas toujours les plus vertueux, se faire moines, passer rapidement par tous les degrés et arriver en fort peu de temps au plus élevé. Cette transformation, si prompte en apparence, ne se fait pourtant pas sans un travail intérieur très profond, et surtout elle suppose une préparation très longue qui embrasse un fort grand nombre de siècles et d'existences successives. Quelquefois aussi, elle s'opère lentement, péniblement; tel est le cas d'Ananda.

L'Arhat a le pouvoir de s'élever dans les airs pour y faire des prodiges, d'ébranler toutes les régions du monde, de prolonger sa vie autant qu'il lui plaît. Ces dons merveilleux n'empêchent pas certains Arhats de souffrir cruellement dans le temps qui s'écoule entre le moment où ils acquièrent le Nirvâna et celui où ils y entrent. On voit, par exemple, Angoulimâli recevoir toutes sortes d'avanies depuis qu'il est Arhat, Lekountchika entrer dans le Nirvâna en mourant littéralement d'inanition, le grand Arhat lui-même, le bouddha Sâkyamouni, mourir d'une indigestion. C'est que, malgré leur perfection, ces personnages avaient encore des fautes plus ou moins anciennes à expier, et les plus belles récompenses de la vertu n'empêchent pas l'expiation des actes coupables.

Arhatî. - Féminin de Arhat, désigne les femmes arrivées à la perfection. Une femme ne peut pas devenir Bouddha (il n'existe pas de bouddhas femelles), mais elle peut arriver à la perfection, à la Bodhi des Sravâkas, au Nirvâna et prendre rang parmi les Arhats; c'est alors une Arhati.
Au Vietnam, au Cambodge, en Thaïlande, en Birmanie, la qualification de Rahat, Rahang, Arahat, Arahang (= Arhat) est donnée indifféremment et d'une manière générale aux membres de la confrérie, bouddhique, sans qu'on attache à ces termes la signification précise du mot Arhat. (L. Feer).
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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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