 |
Antinomiens,
appelés aussi Islebiens, à cause de Jean
Agricola, d'Eisleben, et Nomomaches, sectaires religieux du
XVIe siècle ( La
Renaissance ),
qui s'appuyaient sur des paroles de Jésus
(Matth. v, 17, 21) et Marc (XII, 28-34) et de saint
Paul (Rom. IV, 15 et v. 20) ( Nouveau
Testament )
pour déclarer la loi mauvaise et pernicieuse et soutenir que la
foi seule, sans condition, est le fondement du salut. Cette doctrine, à
laquelle Luther donna le nom d'antinomisme
et qu'il finit par combattre avec une âpreté qui n'a été
dépassée dans aucune autre de ses polémiques, était
pourtant le résultat du mouvement suscité par lui, parmi
ses contemporains; une conséquence excessive de sa propre doctrine
: Justification par la foi opposée au Salut par les oeuvres.
Pour défendre cette thèse
fondamentale, il s'était parfois servi d'expressions que les antinomiens
les plus intransigeants auraient pu signer; il avait appelé la loi,
qui prescrit le devoir, une parole de malédiction et de perdition,
et il avait dit qu'un peuple qu'on veut effrayer et contraindre au nom
de la loi ne mérite plus le nom de chrétien. Néanmoins,
lorsqu'à l'élan des premiers assauts contre Rome succéda
la nécessité d'organiser l'oeuvre de la réformation,
il rendit à la loi, au commandement divin, la place qui lui appartient
dans la religion chrétienne. Ce
faisant, il se conformait à ses convictions intimes et constantes;
mais tous ses disciples ne le suivirent point sur cette voie.
En 1527, dans son Instruction pour les
pasteurs et dans les articles qui la résument, Mélanchthon
avait recommandé de prêcher, non seulement la foi, mais la
repentance, qui doit la précéder, et Ie Décalogue
( Ancien
Testament ),
qui doit préparer la repentance. Aussitôt Jean Agricola, recteur
de l'école d'Eisleben et prédicateur en cette ville, attaqua
ces recommandations comme contraires au principe de la justification par
la foi seule, et il proclama la suppression complète de la loi.
Luther intervint et obtint d'Agricola, sinon une rétractation, au
moins une atténuation en l'expression de son opinion et un certain
silence. En 1536, Agricola renouvela, avec une violence plus grande, ses
attaques contre le Décalogue, dont la place, disait-il, était
au tribunal et non dans la chaire évangélique.
Luther, cette fois, descendit dans la lice
et, tout en exposant les rapports de la loi et de la grâce, se répandit
en injures et en sarcasmes contre son adversaire. Pour des motifs étrangers
à l'objet de la controverse, celui-ci se soumit, et il se produisit
un apaisement qui dura jusqu'à la mort de Luther.
Alors Flaccius recommença le combat centre l'antinomisme, au nom
du réformateur; après Agricola, décédé,
il rencontra comme principal adversaire, Amsdorf, un évêque
institué par Luther. La lutte se prolongea ainsi entre deux partis,
dont les chefs étaient des disciples convaincus et avaient été
des amis fervents de Luther.
Par l'effet ordinaire des discussions,
les antinomiens avaient été amenés à outrer
les formules de leur doctrine. Agricola avait dit :
Si
es adulter, scortator, usurarius, avarus, aut allis pollutus peccatis,
si tantum credis, salvus es.
Otto de Nordhausen ajouta que ce qu'il y a
de meilleur pour le chrétien, c'est d'ignorer la loi et, pour le
prédicateur, de n'en point parler. C'était déclarer
les oeuvres simplement inutiles; Amsdorf affirma qu'elles sont nuisibles
au salut. D'autres théologiens exprimèrent un sentiment analogue,
en des termes qui sont aujourd'hui intraduisibles, mais que le père
Garasse a traduits avec joie (Doctrine curieuse des beaux esprits de
ce temps, Paris, 1623, liv. V, sect. xv). La Formule de concorde,
1577-80, mit fin à ces disputes, qui avaient duré cinquante
ans, en condamnant les antinomiens. (EH. Vollet). |
|